De l’Evaluation des Enseignants, point de vue de Chef.

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Le petit monde de l’Éducation est en effervescence depuis que le site du café pédagogique a publié un projet de décret sur l’évaluation des enseignants. Ce qui choque? C’est le chef d’établissement qui évaluerait seul, out l’inspecteur pédagogique. Une nouvelle fois, alors que peu leur ont demandé leur avis sur ce projet, les chefs d’établissement sont montrés du doigt. Je suis toujours sidérée par l’image des chefs d’établissement dans les commentaires aux articles qui les concernent. Ils sont jugés incompétents, carriéristes, ignorants de ce qui se passe en classe, lâches face à leur hiérarchie…oui, j’en ai connu quelques uns, des aigris. Mais la grande majorité de mes collègues ne ressemblent plus du tout à cette caricature. On ne devient plus chef d’établissement en fin de carrière par « mérite », l’âge des candidats au concours baisse, le métier se féminise, se démocratise. Issus d’un des corps de  l’Éducation  Nationale, la  majorité  étaient enseignants du second degré, comme le montre cette information extraite du « Rapport des jurys des concours de recrutement de personnels de direction – Session 2011« .

Je n’apprécie pas d’être jugée à l’emporte pièce de par mon appartenance à une fonction. Est il encore nécessaire de répéter que la valeur professionnelle dépend entièrement de l’individu, de son histoire, de sa formation, des son humanité. Caricaturer les principaux et proviseurs de la sorte c’est comme dire que tous les fonctionnaires sont des feignasses, les profs des réacs, les garagistes des voleurs, les boulangères des mégères… on pourrait vite dériver sur les noirs et les arabes tant qu’on y est. S’il faut attendre d’un corps de métier que chacun de ses membres soit irréprochable pour leur confier des responsabilités, on va garder le mammouth dans la glace encore longtemps.

Mais revenons au cœur du sujet, l’évaluation des enseignants et ce fameux (fumeux?) projet de décret. D’abord je ne comprends pas la réaction d’étonnement des enseignants. C’est de l’évaluation des fonctionnaires dont il s’agit. Les enseignants étaient les derniers à être notés. Tous les autres fonctionnaires sont évalués par leur supérieurs hiérarchiques via un entretien d’évaluation. D’ailleurs au sein des établissements c’est déjà le cas pour les personnels administratifs. Je ne peux pas croire que les syndicats d’enseignants n’étaient pas au courant… Encore faut il s’intéresser de près à son métier pour aller chercher les informations. Cela est certainement à mettre en rapport avec la baisse du taux de syndiqués chez les enseignants. Or c’est bien avec les syndicats qu’il y a dialogue social et c’est donc aux syndicats d’avertir leurs adhérents de base de l’évolution des négociations.

Le système de notation actuel est totalement obsolète. Le chef d’établissement participe à hauteur de 40% de la note. La note « administrative » prend en compte l’assiduité, la ponctualité et, une notion floue appelée « rayonnement ». Pour dire la vérité, la plupart des enseignants obtiennent en peu de temps l’évaluation maximale « très bien ». Quant à la note chiffrée, elle est tellement cadrée que tous les enseignants sont augmentés de 0.5 point chaque année. Toute augmentation ou diminution autre demandant un rapport et est sujet à révision. Cela reste donc très exceptionnel. Donc, la réforme de l’évaluation me semble nécessaire. Reste à savoir comment évaluer les enseignants, ce qui nous amène à savoir ce qu’il faut évaluer et par qui. La légitimité du chef d’établissement est régulièrement remise en cause, il n’aurait pas les compétences en pédagogie. Le mot est lancé. Définition:

La pédagogie (du grec παιδαγωγία, direction ou éducation des enfants1) est l’art d’éduquer. Le terme désigne les méthodes et pratiques d’enseignement et d’éducation ainsi que toutes les qualités requises pour transmettre un savoir quelconque. Faire preuve de pédagogie signifie enseigner un savoir ou une expérience par des méthodes adaptées à un individu ou un groupe d’individus. (source « wikipédia« )

L’art d’éduquer, c’est personnellement ce qui m’a amené à ce métier. Il ne s’arrête pas aux murs d’une classe, il n’est pas seulement l’affaire des enseignants. Après la sécurité des personnes et des biens, il est l’objectif prioritaire de tout chef d’établissement qui se respecte. Mais je crois qu’il y a confusion. Oui, je me sens compétente pour évaluer l’action pédagogique d’un enseignant, quelques soit sa discipline. Il y a des savoirs et des savoirs-faire transversaux qui nous concerne. Et en premier lieu la gestion du groupe, la discipline au sein de la classe, de l’établissement dans son ensemble. Parce qu’il est impossible de faire cours sans cela.

Par contre, je serais bien incapable d’évaluer la façon dont il faut enseigner les mathématiques, le latin ou l’éducation physique parce que je ne suis pas une spécialiste de ces disciplines. On parle là de didactique:

La didactique est l’étude des questions posées par l’enseignement et l’acquisition des connaissances dans les différentes disciplines scolaires. Se sont ainsi développées depuis le début des années 70, des didactiques des mathématiques, des sciences, du français, des langues, des SVT, de l’EPS, etc. La didactique se différencie de la pédagogie par le rôle central des contenus disciplinaires et par sa dimension épistémologique (la nature des connaissances à enseigner). (source: « wikipédia« )

Cela relève de la compétence des Inspecteurs et je pense qu’ils doivent pour cela conserver leur rôle d’évaluateur. C’est ce que défend le SNPDEN, syndicat majoritaire des chefs d’établissement, comme le dit Philippe Tournier, secrétaire général, dans une interview à Libération. Extrait:

La direction de l’établissement est tout à fait en mesure d’évaluer la contribution de l’enseignant au bon fonctionnement de l’établissement, en tant que pédagogue, et à la réussite des élèves. Mais il reste tout un aspect, l’aspect disciplinaire, pour laquelle le proviseur n’est pas la personne la mieux placée. La question est de savoir ce qui est le plus important dans le métier d’enseignant : la technique professionnelle ou l’aspect collectif, le travail d’équipe?

Enfin, j’ai l’impression qu’on met encore une fois la charrue avant les bœufs. L’évaluation reste le processus final. On ne peut évaluer que ce qu’on a défini à évaluer. Il me semble donc que ce qui doit être au cœur des débats qui vont forcément résulter de ce projet, ce sont les missions des enseignants. C’est en les définissant clairement que l’on pourra établir des objectifs qui deviendront évaluables. Mais pour cela, il faut que chacun soit volontaire pour s’asseoir autour d’une table.

Malheureusement, le dialogue social est aujourd’hui réduit à son minimum, voire inexistant. Il faut que les personnels de l’Éducation  Nationale prennent à bras le corps ces sujets déterminants, pour construire l’école de demain. Dans les mois qui viennent, les négociations vont aller bon train, elles ne seront sans doute pas toutes rendues publiques. C’est pour cela qu’il me semble important que ceux qui ne veulent pas rester à quai à regarder passer le train des réformes s’engagent, ailleurs que sur écran.

Le pire, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien . Norbert Zongo.

En tant que chef d’établissement, je ne me sens pas patron d’entreprise, je ne désire faire aucun profit, je n’ai rien à vendre. Permettez moi simplement d’essayer d’être capitaine de navire. Mon objectif est de le maintenir à flot, de guider l’équipage pour que notre précieuse cargaison arrive à bon port. Pour cela, le rôle de chacun est primordial et il est indispensable que nous ramions tous dans le même sens, en particulier au cœur de la tempête.

Edit: le témoignage d’une collègue sur son blog. merci à Prof en Campagne.

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  1. Tu as une belle vision de ton métier. Ma questions est : est-ce qu’on te le laisse faire ? Dans quelle mesure es-tu libre de le faire ? J’ai eu un très bon chef d’établissement, une fois : le deuxième de ma encore courte carrière. Il menait effectivement sa barque à son idée. Sa carrière en a peut-être été retardé. Depuis (et avant) je n’ai eu que des gens empêchés par les diverses influences et les pressions de toutes parts qui s’exercent sur eux : le rectorat d’un côté, les profs de l’autre, les élèves (qui en effraient certains) et en tout dernier, les professeurs. C’est un métier solitaire, il faut avoir les reins solides pour le faire vraiment…Devoir noter les professeurs, dans ces conditions, ce sera rajouter une pression supplémentaire, un jeu d’influence en plus.

    Ensuite, on se rejoint sur la différence entre pédagogie et didactique. Et je suis donc d’accord avec toi : la note du chef d’établissement ne peut pas être la seule.

    En tout cas, j’aimerais bien être ta collègue ! 🙂

    • Non, personne ne me laisse faire à priori. Ma façon de travailler demande du temps, le temps de faire mes preuves et d’instaurer la confiance. Il faut aussi beaucoup de recul car on a la tête dans le guidon toute l’année. Une des difficultés est qu’on a une vue d’ensemble du système alors que chaque acteur voit par son propre prisme. J’ai parfois l’impression de faire le grand écart. Ce qui me rassure c’est que la majeure partie des gens avec qui j’ai travaillé ont toujours eu à cœur de faire réussir les élèves, pas toujours de la bonne façon mais l’intention y était.
      Merci de ta réponse CyCee, je pense qu’on pourrait faire du bon boulot.

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